Hémorroïdes : quels traitements maison et médicaments aident vraiment ?
Les hémorroïdes cèdent à un traitement simple : transit régularisé, bains de siège, crèmes locales et antalgiques. Dr. Claire Phipps détaille ce qui marche vraiment.
Les hémorroïdes sont l'un des motifs de consultation les plus fréquents en médecine générale, et l'un des plus sous-déclarés.
Par gêne, beaucoup de patients attendent des semaines, essayent des remèdes trouvés sur internet, ou se soignent avec les moyens du bord avant d'en parler.
Ce guide fait le tour de ce qui marche vraiment, entre les mesures maison qui ont une vraie base physiologique, les médicaments disponibles en pharmacie, et les situations où il faut consulter sans attendre.
Qu'est-ce qu'une hémorroïde exactement ?
Les hémorroïdes ne sont pas une maladie en soi : ce sont des structures vasculaires normales de l'anus, formées de petits coussinets veineux qui participent à la continence fine.
On parle de "maladie hémorroïdaire" lorsque ces structures deviennent symptomatiques : gonflement, saignement, douleur, prolapsus.
On distingue classiquement les hémorroïdes internes (au-dessus de la ligne pectinée, généralement indolores car sans innervation sensitive, responsables de saignements rouge vif pendant la défécation) et les hémorroïdes externes (sous la ligne pectinée, douloureuses, parfois compliquées d'une thrombose visible sous la peau).
Les signaux qui doivent alerter
Un saignement anal mérite toujours une évaluation, surtout après 45 ans, s'il est abondant, s'il persiste plus de quelques jours, s'il s'accompagne de modifications du transit, d'une perte de poids, d'une fatigue inexpliquée ou d'antécédents familiaux de cancer colorectal. Attribuer trop rapidement un saignement à des hémorroïdes peut retarder le diagnostic d'une pathologie plus grave. L'Assurance Maladie rappelle qu'un saignement rectal n'est jamais à banaliser sans avis médical.
Pourquoi les hémorroïdes apparaissent-elles ?
Trois mécanismes principaux sont en jeu.
D'abord, la stase veineuse : tout ce qui augmente la pression abdominale (constipation, poussée prolongée aux toilettes, grossesse, surpoids, toux chronique) dilate les plexus hémorroïdaires.
Ensuite, la fragilité des tissus de soutien : avec l'âge, les fibres élastiques qui maintiennent les coussinets en place se relâchent, favorisant le prolapsus.
Enfin, certains facteurs aggravants : la sédentarité, l'alimentation pauvre en fibres, les épices fortes, l'alcool, et certaines pratiques sportives (cyclisme intensif, haltérophilie).
Les facteurs déclenchants les plus fréquents
- Constipation chronique : la poussée répétée est le principal facteur. Tout plan de traitement commence par la régularisation du transit.
- Grossesse et post-partum : la pression utérine, les changements hormonaux et la poussée lors de l'accouchement expliquent la fréquence élevée pendant cette période.
- Diarrhée aiguë ou chronique : contrairement à ce que l'on croit, la diarrhée est aussi un facteur d'irritation hémorroïdaire.
- Longs trajets assis : camionneurs, cadres, conducteurs de bus, pilotes de ligne.
- Pratiques alimentaires : alcool en excès, piments, café en grande quantité chez les personnes sensibles.
Les traitements maison qui ont une vraie base
Régularisation du transit
C'est la pierre angulaire.
Augmenter progressivement l'apport en fibres à 25-30 g par jour (céréales complètes, légumes, fruits, légumineuses), boire 1,5 à 2 litres d'eau quotidiennement, et remplacer les poussées prolongées par une installation courte aux toilettes sans forcer.
Un petit marchepied qui surélève les genoux redresse l'angle ano-rectal et réduit la pression.
Les laxatifs doux comme les mucilages (psyllium, ispaghul) ou le macrogol sont parfaitement adaptés en cas de besoin.
Les laxatifs stimulants irritants (bisacodyl au long cours) sont au contraire à éviter.
Bains de siège
Deux à trois bains de siège par jour dans de l'eau tiède pendant 10 à 15 minutes, surtout après la selle, soulagent remarquablement la douleur, détendent le sphincter, et améliorent la vascularisation locale.
L'ajout d'antiseptiques, de sel ou de bicarbonate n'apporte pas de bénéfice prouvé. L'essentiel est la chaleur douce et la propreté.
Hygiène locale adaptée
Remplacer le papier toilette sec par un lavage à l'eau tiède ou des lingettes spécifiques sans alcool. Sécher en tamponnant, pas en frottant. Éviter les savons parfumés et les antiseptiques agressifs qui entretiennent l'irritation. Le Vidal recommande une hygiène douce et régulière comme base de tout traitement.
Froid en cas de crise aiguë
Une poche de glace enveloppée d'un tissu appliquée 10 minutes sur la zone douloureuse, plusieurs fois par jour, calme efficacement la douleur d'une thrombose hémorroïdaire externe récente.
Les médicaments en vente libre et sur ordonnance
Crèmes et suppositoires topiques
Les préparations locales associent généralement un anesthésique (lidocaïne, pramocaïne), un corticoïde faible (hydrocortisone), un protecteur veineux et parfois un cicatrisant. Elles soulagent rapidement la douleur et les démangeaisons, mais leur usage doit rester limité à 7-10 jours : l'application prolongée de corticoïde sur la muqueuse anale fragilise les tissus. Les crèmes sans corticoïde (à base d'oxyde de zinc, de titanoreine, de bismuth) peuvent être utilisées plus longtemps.
Antalgiques systémiques
Pour la douleur modérée à sévère, le paracétamol est de première intention. En cas de thrombose hémorroïdaire douloureuse, un anti-inflammatoire oral en cure courte est très efficace : l'ibuprofène 400 mg trois fois par jour pendant 3 à 5 jours, ou le diclofénac 50 mg deux à trois fois par jour, réduisent nettement la douleur et l'œdème. Attention aux contre-indications habituelles (ulcère, insuffisance rénale, allergie). Éviter les opioïdes qui aggravent la constipation et peuvent prolonger la crise.
Veinotoniques (phlébotropes)
La diosmine, l'hespéridine, la rutine, le troxérutine sont fréquemment prescrits en cure courte à forte dose lors des crises aiguës.
Leur efficacité est modeste mais réelle sur la douleur et les saignements. Ils ne sont plus remboursés en France mais restent largement utilisés.
La recommandation HAS les mentionne comme option d'appoint.
Traitements instrumentaux et chirurgicaux
Quand les mesures médicales ont échoué, ou en cas de prolapsus persistant, plusieurs options existent.
La ligature élastique, geste de consultation rapide, est le traitement de référence des hémorroïdes internes de grade 2 ou 3.
La sclérothérapie et la photocoagulation infrarouge sont d'autres options ambulatoires.
La chirurgie (hémorroïdectomie de Milligan-Morgan, technique de Longo) est réservée aux formes sévères et permet un résultat durable, au prix de suites parfois douloureuses.
Une thrombose hémorroïdaire externe très douloureuse, vue dans les 48 premières heures, peut être incisée sous anesthésie locale pour un soulagement immédiat.
Cas particuliers
Grossesse et allaitement
Les hémorroïdes sont très fréquentes et souvent douloureuses pendant la grossesse et dans les jours qui suivent l'accouchement. Les mesures hygiéno-diététiques sont toujours la base.
Le paracétamol est autorisé. Les AINS sont contre-indiqués au troisième trimestre. Certaines crèmes locales sans corticoïde sont utilisables, d'autres nécessitent un avis médical.
En période d'allaitement, la plupart des traitements locaux sont compatibles, les veinotoniques le sont aussi pour la plupart.
Hémorroïdes et sport
Pendant une crise, éviter le vélo, l'équitation, les sports d'impact lourd et l'haltérophilie. La marche, la natation et la gymnastique douce sont au contraire bénéfiques. Après la crise, une reprise progressive ne pose pas de problème.
Enfants et adolescents
Les hémorroïdes sont rares avant 20 ans. Devant un saignement anal chez un enfant, penser plutôt à une fissure anale, à un polype juvénile, ou à une maladie inflammatoire chronique de l'intestin. L'avis d'un gastro-entérologue pédiatrique est souvent nécessaire.
Ce qui peut être confondu avec des hémorroïdes
Plusieurs pathologies miment les hémorroïdes et méritent d'être évoquées.
La fissure anale donne une douleur vive au passage de la selle, persistante plusieurs minutes après, parfois accompagnée d'un petit saignement.
L'abcès ou la fistule anale provoquent une douleur continue et une fièvre. Le prolapsus rectal est une extériorisation plus importante et cylindrique.
Le cancer du canal anal ou du rectum peut se manifester par des saignements répétés, parfois mêlés aux selles.
Un examen clinique, éventuellement complété par une anuscopie ou une coloscopie, permet de trancher.
Ce que je propose habituellement en consultation
Pour une crise typique chez un adulte sans facteur de risque particulier, je propose un plan en quatre points sur 10 jours : régularisation du transit avec psyllium matin et soir, deux bains de siège quotidiens, une crème locale avec hydrocortisone et lidocaïne matin et soir, et de l'ibuprofène 400 mg trois fois par jour pendant 3 jours si douleur importante. Si les saignements persistent au-delà de 10 jours, ou si le prolapsus ne se réduit plus spontanément, je demande une consultation en proctologie. Pour un patient de plus de 45 ans, ou avec des antécédents familiaux de cancer colorectal, je propose toujours une coloscopie de dépistage si elle n'a pas été faite récemment.
Pour soulager la douleur, explorez notre catégorie traitement de la douleur. Si la crise est liée à des troubles gastro-intestinaux, traiter la cause est essentiel. Pour les irritations cutanées associées, consultez notre rayon dermatologie.
Quand consulter sans attendre
Un saignement abondant ou qui dure plusieurs jours, une douleur intense qui ne cède pas aux antalgiques usuels, un prolapsus qui ne se réduit plus, de la fièvre associée, ou tout saignement chez une personne de plus de 45 ans sans antécédent hémorroïdaire connu, doivent amener à consulter rapidement.
Le résumé honnête
Les hémorroïdes répondent très bien à un traitement simple et bien conduit : transit régularisé, bains de siège, crème locale pendant quelques jours, antalgique adapté.
La plupart des crises guérissent en une à deux semaines. La récidive se prévient surtout par le transit et l'hygiène de vie.
Les traitements instrumentaux existent pour les formes chroniques et ils sont très efficaces.
Le vrai piège, c'est d'attribuer à tort un symptôme anal à des hémorroïdes et de passer à côté d'autre chose.
Un examen clinique réalisé une fois par an chez les patients chroniques est la meilleure garantie.
Dr. Claire Phipps, MBBS MRCGP. GMC 7014359. Cet article est une information médicale générale et ne remplace pas un avis médical personnalisé.
Prévenir la récidive sur la durée
La plupart des personnes qui ont eu une crise hémorroïdaire en auront une autre au cours de leur vie.
La prévention repose sur quelques habitudes simples tenues dans la durée. Un transit quotidien régulier, sans effort prolongé, sans se retenir, est probablement le facteur le plus important.
Une alimentation riche en fibres (30 g par jour) et une hydratation suffisante (1,5 à 2 litres d'eau) en sont les piliers quotidiens.
L'activité physique régulière améliore la motilité intestinale et réduit la stase veineuse.
À l'inverse, la position assise prolongée est un facteur d'aggravation notable : pour les professions sédentaires, se lever cinq minutes toutes les heures réduit la congestion pelvienne.
Hygiène anale adaptée au long cours
Un lavage doux à l'eau tiède après chaque selle est plus efficace qu'un papier sec répété.
Les lingettes humides peuvent entretenir une dermite d'irritation si elles contiennent des parfums ou des conservateurs agressifs, il faut les choisir sans alcool et sans parfum.
Le séchage par tamponnement, plutôt que par frottement, préserve la peau péri-anale.
Après un épisode aigu, une crème émolliente ou protectrice (oxyde de zinc) peut être appliquée pendant quelques jours pour restaurer la barrière cutanée.
Suivi médical après une première crise
Une consultation de suivi à 6 semaines permet de vérifier la disparition des symptômes, d'examiner la marge anale et le canal anal si nécessaire, et d'envisager un traitement instrumental en cas de prolapsus persistant.
Pour les patients de plus de 45 ans, ce suivi est aussi l'occasion de discuter du dépistage du cancer colorectal.